Transition écologique de l’agriculture et biodiversité

EDITO « Le modèle de développement de l’agriculture moderne exerce de fortes pressions sur notre environnement et même au-delà sur la santé des populations. Chacun en a pris conscience et beaucoup recherchent des solutions qui combinent le respect de la nature et la nécessité qu’il y a de fournir une alimentation de qualité à une population qui continue de croître et dont globalement les revenus augmentent à l’échelle mondiale. La réduction des intrants d’origine chimique est une voie qu’il convient de privilégier, c’est pour cela que le plan Ecophyto avait été lancé en 2009 mais force est de constater son impact limité. La hausse de l’usage des pesticides de 12 % dans notre pays (entre 2014 et 2016) montre qu’il convient sans doute d’avoir une approche différente, plus globale, plus ambitieuse et plus déterminée. D’autant que des études – notamment celles publiées récemment par l’INRA – démontrent par exemple que « cultiver selon les méthodes de l’agriculture biologique peut être aussi efficace pour protéger ses plantes que d’utiliser des produits chimiques ». Si on ajoute à ceci les coûts pour la santé – et l’impact des décisions de justice qui se multiplient en la matière – de l’utilisation de certains fongicides ou insecticides de synthèse, on voit que la nécessaire transition écologique de l’agriculture est d’une actualité évidente. A ces arguments liés à la santé et à la préservation de notre environnement s’ajoutent des arguments économiques. La balance commerciale « du bio » est déjà déficitaire et toutes les études les plus récentes (cf. par exemple celles réalisées au moment des états généraux de l’alimentation) démontrent que la consommation du bio progresse en France beaucoup plus vite que les surfaces consacrées à ce mode de production. Enfin, dans le cadre de l’examen du projet de loi faisant suite à ces états généraux, le gouvernement et les parlementaires souhaitent qu’un coup d’accélérateur significatif soit donné pour la consommation du bio – ou issue des pratiques agricoles raisonnées- dans la restauration collective et en premier lieu dans les cantines des écoles, collèges et lycées. Ceci représente un marché potentiel considérable pour lequel notre agriculture doit se préparer sans tarder. Et donc le bio et plus généralement l’agroécologie disposent d’un potentiel de développement immense, au moment même où la renégociation de la PAC peut conduire à des inflexions sensibles des politiques de soutien de l’Union Européenne qui sont essentielles pour nos agriculteurs. Ce numéro apporte un regard sur la double performance économique et écologique de l’agroécologie et tente d’identifier certains verrous à lever pour accélérer la transition écologique de l’agriculture. La réconciliation des dimensions écologiques et économiques de l’agriculture n’implique pour autant pas de revenir à l’agriculture de la première moitié du XXe siècle, même si l’agroécologie fait appel, dans certain cas, à des techniques « oubliées » et au « bon sens » agronomique. »

Marc Abadie, Président de CDC Biodiversité

Sommaire

TRIBUNE – Marion Guillou- Présidente d’Agreenium et ancienne présidente-directrice générale de l’INRA

COMPRENDRE – L’agroécologie : ses bénéfices écologiques, agronomiques, économiques et ses leviers de mise en oeuvre

  • L’agroécologie : une solution écologique aux interactions agronomiques multiples
  • L’agroécologie au service de la performance économique ?
  • La transition écologique de l’agriculture : conditions, compromis et déverrouillages

INVENTER

  • Le semis direct sous couvert végétal sans utilisation du glyphosate -Laura Vincent- Caboud (ISARA-Lyon), Joséphine Peigné (ISARALyon), Christophe David (ISARA-Lyon)
  • La compensation écologique en milieu agricole-une façon de rémunérer un service en faveur de la biodiversité

INTERNATIONAL – Les projets agroécologiques soutenus par l’AFD

INITIATIVES

  • Le Château de Fosse-sèche, l’un des 6 lauréats en 2017 du prix Nature 2050 du Concours Arbres d’Avenir
  • Fermes d’avenir : casser les freins et transformer le système agricole