Eclairage du 21ème siècle et biodiversité

Pour une meilleure prise en compte des externalités de l’éclairage extérieur sur notre environnement

Les Cahiers de BIODIV'2050 n°6

Une publication en partenariat avec l’Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturne (ANPCEN)

Depuis la fin du 19ème siècle, le développement des territoires s’est accompagné de déploiement d’éclairages extérieurs, souvent perçus comme vecteur de sécurité et d’activités nocturnes. Premier projet d’investissements déclarés, auxquels s’ajoutent les coûts de consommation et maintenance, l’éclairage fait l’objet de budgets lourds pour les communes et leurs habitants. S’il rend des services, il réduit également de plus en plus la durée et les qualités de l’obscurité naturelle par ses usages actuels.

La distinction naturelle entre le jour et la nuit s’en trouve fortement impactée. La pollution lumineuse qui se développe avec la croissance de la lumière nocturne, s’accompagne d’effets perturbateurs souvent méconnus et sous-estimés sur la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes que les dernières évolutions technologiques dans le domaine de l’efficacité énergétique (comme les lampes aux iodures métalliques et les LEDs) tendent à aggraver.

Cette étude a pour premier objectif d’informer collectivités, Etat et organismes associés, professionnels de l’éclairage… sur cet enjeu à travers une synthèse de publications scientifiques internationales, selon une typologie par grands groupes d’espèces fauniques, les enjeux floristiques méritant de faire l’objet d’une étude dédiée. Les travaux scientifiques montrent que la lumière artificielle nocturne est à l’origine de perturbations biologiques et comportementales pouvant altérer, voire bouleverser, le fonctionnement naturel des écosystèmes. La lumière artificielle nocturne est donc une pression sur la biodiversité qui, seule ou en combinaison avec d’autres pressions, contribue à l’érosion actuelle de la biodiversité et à la fragmentation des milieux.

L’étude apporte des recommandations techniques et/ou de « bon sens » ayant pour objet la sobriété énergétique et lumineuse afin de réduire les impacts sur la biodiversité. Il peut s’agir de réduire les durées et les niveaux d’éclairement, les puissances électriques et lumineuses, de supprimer des points lumineux et d’optimiser l’espace entre ces derniers, d’utiliser des lampes aux émissions spectrales relativement étroites (comme les lampes à sodium basse pression et dans une moindre mesure les lampes à sodium haute pression). Ce n’est pas une mais des solutions qui doivent émerger de réflexions, de discussions et d’études écologiques et énergétiques menées au niveau local par les collectivités, à ajuster aux espaces et espèces à considérer. Cette démarche s’inscrit dans un cadre législatif qui se renforce depuis la loi Grenelle 1, qui a fait de la prévention et la suppression des nuisances lumineuses pour la faune, la flore et les écosystèmes un objectif public.

La rénovation de l’éclairage extérieur des communes est ainsi appelée à progresser vers la conciliation d’enjeux sociétaux et environnementaux. Les extinctions en milieu de nuit sont peu coûteuses et à effets immédiats sur l’environnement. Le remplacement de luminaires, les nouvelles technologies et équipements, exigent des investissements lourds, effectués pour plusieurs décennies, dont les retours peuvent être longs. La dernière partie de l’étude est ainsi consacrée aux mécanismes contractuels et les aides mobilisables pour la rénovation de l’éclairage extérieur. L’analyse fait ressortir le potentiel intéressant des marchés globaux (marchés globaux de performance et contrats de partenariat) dans le cadre d’une démarche de rénovation ayant pour but de réduire intelligemment à la fois les consommations d’énergie et les impacts sur la biodiversité, ainsi que le potentiel innovant d’un tiers investissement adapté. D’autres sources d’aides financières existantes sont également analysées en rappelant la nécessité de mieux y intégrer les enjeux pluriels de réduction de la pollution lumineuse.

Sommaire

1. Eclairage et Biodiversité : le cadre de l’étude MEB-ANPCEN

  • Enjeux de la biodiversité
  • L’éclairage extérieur : définitions, évolutions et enjeux

2. La lumière et le vivant

  • La lumière, facteur majeur de la synchronisation biologique
  • Une perception visuelle de la lumière différente selon les espèces

3. Eclairage artificiel et espèces : état de connaissances

  • Les poissons
  • Les crustacés
  • Les insectes
  • Les amphibiens
  • Les reptiles
  • Les oiseaux
  • Les mammifères
  • Synthèse MEB-ANPCEN des effets perturbateurs de l’éclairage sur la biodiversité

4. Des préconisations MEB-ANPCEN pour un éclairage extérieur moins perturbant pour la biodiversité

  • Les recommandations générales MEB-ANPCEN
  • Lampes et distributions spectrales
  • Des pistes de réflexions visant à encourager la prise en compte intégrée des externalités de l’éclairage

5. Les contrats et les aides mobilisables

  • Les contrats mobilisables pour la rénovation des réseaux d’éclairage public
  • Les aides et dispositifs publics
  • Les pistes pour une prise en compte globale des externalités de l’éclairage

Conclusion