Biodiversité marine : usages et dépendances

BIODIV'2050 n°10

EDITO : Le milieu marin présente ses propres spécificités. Il ne constitue pas un milieu d’évolution naturelle pour l’Homme, et malgré son étendue, la composition des masses d’eau est homogène. La France représente la deuxième plus grande surface d’océan des pays du monde qui, du point de vue économique, permet de produire une plus-value supérieure à celle de l’industrie pharmaceutique ou automobile. Qu’elles soient liées aux aménagements (ports marchands, ports de plaisance…), aux activités ou rejets polluants (industries, urbanisations, fermes marines…), aux prélèvements (pêche, matériaux…), ces activités sont à l’origine de pressions considérables sur l’Océan. Par leurs effets néfastes, elles menacent la richesse et le bon fonctionnement des écosystèmes. Pourtant, la qualité des édifices naturels constitue la base de la plupart des activités économiques vitales pour l’Homme. La plus grande diversité d’activités liées à la mer se situe sur la frange littorale et concerne les « petits fonds côtiers » qui restent les plus facilement accessibles et donc vulnérables.

Le temps de l’exploitation et de l’usage raisonné de la nature, ainsi que celui de sa restauration, apparaît aujourd’hui comme une évidente priorité qui doit être placée au cœur de toute décision, puisque chacune engage pas à pas l’avenir de l’humanité. Mais quels sont les moyens disponibles pour agir ?

L’approche économique constitue un levier potentiel efficace pour préserver et restaurer les fonctions écologiques. Des modes de financement combiné peuvent contribuer aux mêmes objectifs. Faire converger par exemple des financements liés à la compensation avec ceux provenant d’initiatives plus innovantes, comme les Paiements pour la Préservation des Services Ecologiques (PPSE) ou encore ceux produits par des outils spécifiques comme les Aires Marines Gérées (AMG), permet d’envisager le financement à long terme de la restauration et de la gestion des petits fonds côtiers.

Dans cet esprit, il s’agit de privilégier la robustesse et la résilience des habitats marins. Toutefois, les modes opératoires sont actuellement peu nombreux. Les techniques du génie écologique offrent des solutions actuellement en cours d’évolution. Ce sont par exemple les « habitats artificiels » ou les techniques d’amélioration de la survie des post-larves de poissons. Les récifs artificiels ont fait l’objet d’une période d’expérimentation depuis une quarantaine d’années ; il convient aujourd’hui d’innover encore, de complexifier ces objets et de les déployer, non plus ponctuellement de façon expérimentale, mais à l’échelle d’un territoire, comme véritables outils de restauration des fonctions écologiques.

Ainsi, la pluralité des filières économiques et leur fort degré de dépendance vis-à-vis de la qualité des fonctions écologiques marines constituent un vecteur favorable au maintien à long terme de cette qualité. Il s’agit d’ancrer une véritable forme de mutualisme entre la Nature et l’Homme.

Il est donc fondamental d’établir un lien économique entre les activités et aménagements littoraux terrestres ou marins, et leurs incidences sur l’océan et les petits fonds côtiers. Et, ainsi, impliquer activités et ouvrages dans le processus de restauration marine. Ne serait-ce pas l’opportunité d’une démarche « méritoire » traduite par un véritable scénario « méritorial » ?

PHILIPPE THIEVENT
Directeur de CDC Biodiversité

Sommaire

TRIBUNE

  • Gilles BOEUF – Conseiller scientifique de la ministre de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer
  • Pierre BOISSERY – Expert eaux côtières et littoral méditerranéen à la Direction Planification et Programme de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse

COMPRENDRE

Enjeux, outils et modes de financement de la préservation de la biodiversité marine et côtière en France
  • Principaux enjeux autour des zones côtières et marines en France
  • Politiques de protection/gestion de la mer et du littoral et modes de financement associés

INVENTER

Les outils innovants pour la conservation et la restauration de la biodiversité marine
  • Restaurer la biodiversité et les services écosystémiques associés avec les récifs artificiels multi-usages
  • Conserver et valoriser la biodiversité avec les aires marines gérées

INTERNATIONAL

Revue des expériences de récifs artificiels en Méditerranée

INITIATIVES

  • L’Initiative Française pour les Récifs Coralliens (IFRECOR)
  • Des Nurseries Artificielles pour Ports Exemplaires (NAPPEX)
  • Créer une alliance du secteur privé pour une gestion durable de l’océan : le « World Ocean Council »
  • REXCOR, un projet expérimental pour la restauration écologique des petits fonds de la cuvette de Cortiou (Marseille)