Biodiversité et économie urbaine

BIODIV'2050 N°5

EDITO : Partout, les villes se sont développées au détriment de la nature et le plus souvent en s’y opposant, mais deux phénomènes nouveaux sont intervenus depuis le XXe siècle.

D’une part, l’extension des villes perturbe ou anéantit des écosystèmes entiers, dont elles dépendent en partie. Notons à cet égard la question de l’échelle. A l’échelle métrique, le vivant est déterminé par les processus biophysiques, tels que la chimie du sol.
A l’échelle des dizaines ou centaines de kilomètres, ce sont les processus climatiques et géophysiques qui sont déterminants. A l’échelle kilométrique, par exemple celle d’une forêt, la structure de l’espace et sa variabilité seront contrôlées par l’interaction des processus vivants et des processus physiques : c’est l’échelle des écosystèmes. Or, cette échelle est aussi celle de la ville, et c’est la raison pour laquelle la relation ville-écosystèmes est critique.

D’autre part, une partie croissante de la population vit en ville et aspire à avoir plus de contacts avec la nature. Selon les estimations des Nations Unies, la population urbaine devrait représenter 2/3 de la population mondiale d’ici à 2030.

A travers le monde, ces deux phénomènes conduisent les aménageurs à intégrer la biodiversité dans la ville pour des raisons écologiques – préserver les écosystèmes et les services qu’ils rendent – et pour répondre à la demande sociale. Ecoquartiers, cités-jardins, villes vertes… quels que soient leurs noms, ils dessinent des espaces qui sont à la fois de nouveaux paysages urbains et de nouveaux écosystèmes. Construire sans nuire à la biodiversité ou en la favorisant : telle est la définition d’un urbanisme à biodiversité positive.
La ville de demain, pour être durable, devra probablement suivre ce modèle. Observons que cette démarche est réaliste et que rien dans l’acte de construire, du moins dans un espace déjà urbanisé, n’exige d’être indifférent à la biodiversité ni de la détruire.

Mais, parmi les nombreux modèles possibles, on peut parier que ceux qui s’imposeront seront ceux qui répondront le mieux à la demande des habitants et s’intégreront à l’économie urbaine. Sur cet enjeu, à l’intersection des préoccupations sociales et naturalistes, un concept semble s’imposer, du moins au niveau européen : l’infrastructure verte, c’est à- dire un ensemble d’espaces non bâtis, intégrés à la ville, dédiés aux circulations non motorisées et à la nature. Une nature de plus en plus vue au travers du prisme de la biodiversité, mais pour laquelle la question de la représentation sociale, actuellement en pleine évolution, est déterminante, comme l’explique Nathalie Blanc (cf. Tribune p.4). Cependant, comment l’intégrer à l’économie de la cité ? Peut-elle être un élément différenciant pour une ville, un quartier ou un immeuble par la qualité de son offre ? Et comment la valeur ainsi créée peut-elle rémunérer ceux qui en ont supporté les coûts ?

Le cinquième numéro de Biodiv’2050 aborde ces questions en présentant des expérimentations, des études et des réalisations conduites à travers le monde. Il met en lumière un mouvement général, prenant des formes très variées, qui tend à inventer ce qui sera à la fois un nouveau paysage et un nouvel écosystème, une ville renaturée ou une nature urbanisée, où vivront demain les deux tiers de l’humanité. La construction de cet écosystème/paysage ne pourra éviter la question de sa contribution à l’économie de la ville et à la création de valeur.

Sommaire

TRIBUNE : Concilier ville et biodiversité : Points de vue d’une géographe et d’un acteur de la ville.

  • Rencontre avec Nathalie Blanc, géographe et chercheur au laboratoire Ladyss du CNRS, et Jacques Soignon, directeur du Service des espaces verts et de l’environnement de la ville de Nantes.

COMPRENDRE : L’infrastructure verte à biodiversité positive : un terrain de convergence pour la ville, ses usagers et la biodiversité

INVENTER : Expérimenter de nouveaux procédés de végétalisation de la ville

INTERNATIONAL : Reconquête d’espaces par la nature en ville et prise en compte de la biodiversité

  • Berlin intègre la biodiversité dans sa planification urbaine
  • Le plan d’action canopée, un modèle de financement original de la biodiversité en ville à Montréal
  • De la voie rapide urbaine au corridor écologique : la remise à l’air libre du cours d’eau Cheonggyecheon comme levier de redynamisation du centre de Séoul

INITIATIVES :

  • Biodivercity™, un label pour promouvoir, évaluer et valoriser la biodiversité dans le bâti
  • Le groupe SNI développe un nouvel outil pour lutter contre l’étalement urbain
  • Améliorer l’Urbanisme par un Référentiel d’Aménagement (AURA) : un outil incitatif et informatif, développé par la ville de Montpellier
  • M6B2 : une « Tour de la biodiversité » semencière