Biodiversité, finance et entreprises

La biodiversité n’est que peu intégrée actuellement dans les stratégies et processus de décision des acteurs privés. Par exemple, le coût d’extraction des matières premières payé par une entreprise ne comprend pas le coût de l’épuisement de la ressource en question et l’impact induit sur le fonctionnement des écosystèmes. Il s’en suit que les coûts collectifs supportés par la société liés à la dégradation des services écosystémiques ainsi que les bénéfices collectifs tirés de leur préservation ne sont intégrés dans la prise de décision individuelle des acteurs. En d’autres termes, les acteurs privés ne perçoivent pas la totalité de l’influence de leurs choix socio-économiques sur la biodiversité, remettant en cause, de manière rétroactive, la capacité des écosystèmes à maintenir les conditions de la pérennité de leurs propres activités. In fine, l’idée est bien, d’une part, de réduire les actions qui tendraient à une sur-utilisation de services écosystémiques néfaste du point de vue de la collectivité. Et d’autre part, d’inciter au développement de pratiques basées sur la préservation des écosystèmes.

Cette nécessaire évolution se traduit aujourd’hui par l’émergence d’initiatives diverses en provenance du secteur privé, tant du côté du secteur financier que de celui des entreprises. Les activités intrinsèquement liées de ces deux groupes d’acteurs présentent en effet des dépendances et impacts aux services écosystémiques sources à la fois de risques à minimiser et d’opportunités à saisir.

Finance et biodiversité

Réseau 1Dans les années 2000, les institutions financières ont pris un certain nombre d’engagements au niveau international sur les dimensions sociales, environnementales et de gouvernance de leurs activités. Plus spécifiquement en lien avec la biodiversité, la Déclaration du Capital naturel (DCN), signée en 2012 par 41 banques, fonds d’investissement et groupes d’assurance à l’occasion de la conférence de Rio+20, a formalisé la reconnaissance de l’importance, pour les métiers financiers, du capital naturel producteur de services écosystémiques dans la construction d’une économie mondiale durable.

Membre fondateur des Principes pour l’Investissement Responsable en 2006, signataire du Pacte Mondial des Nations-Unies, la Caisse des Dépôts est l’unique signataire français de la Déclaration du Capital Naturel.

En parallèle de ces divers engagements, la Caisse des Dépôts, en tant qu’investisseur institutionnel, a un rôle clé à jouer dans le financement de la transition écologique. Or, en matière de prise en compte de la biodiversité et des services écosystémiques, au-delà d’une prise de conscience de la nécessité d’agir, il manque aujourd’hui des outils opérationnels permettant aux acteurs du secteur financier de mesurer l’impact sur la biodiversité de leur décision de financement et d’investissement.

Les projets menés par la Mission Économie de la Biodiversité :

> Démarches et plus value

La Mission Économie de la Biodiversité, en appui à la Caisse des Dépôts, suit l’avancement de la mise en œuvre des travaux de mise en œuvre de la DCN. Suite à la phase 1 focalisée sur la sensibilisation du secteur financier sur la problématique du capital naturel, la phase 2 a été lancée fin 2012 avec pour objectif la mise en œuvre des travaux de la Déclaration par groupe de travail thématique. 4 thématiques répondant aux 4 engagements des signatures font l’objet de groupes de travail dédiés :

  • Comprendre les interactions de leurs activités avec le capital naturel (impacts et dépendances) ;
  • Intégrer le capital naturel dans les processus de décision de leurs produits et services ;
  • Reporter/ Communiquer : collaborer pour établir un consensus mondial autour du développement de reporting intégré qui inclut le capital naturel dans la définition des ressources et relations clés au succès d’une organisation ;
  • Comptabiliser : travailler à la construction d’un consensus global pour l’intégration du capital naturel dans la comptabilité.

Un plan de travail précis a été établi pour les années 2013 et 2014-2015 pour chaque groupe de travail. La MEB veillera à la promotion des avancées réalisées sur chaque thématique auprès de la communauté des investisseurs en France.

En parallèle des avancées réalisées dans le cadre de la DCN, l’enjeu de la thématique « finance et biodiversité » est de matérialiser l’importance du secteur financier comme vecteur d’impulsion de la transition écologique du point de vue d’investisseurs comme la Caisse des Dépôts. La réorientation des capitaux vers le financement de long terme, et notamment en faveur de la préservation de la biodiversité, devient un enjeu clé pour les décennies à venir, tant la capacité de mobilisation de fonds de la part des marchés financiers est importante, et les besoins de financement estimés conséquents.

L’action possible revêt deux dimensions complémentaires pour l’atteinte de cet objectif : d’une part, le verdissement des financements et investissements existants via la mise en place de critères « biodiversité » dans l’évaluation des choix financiers. D’autre part, le soutien direct à des secteurs d’avenir porteurs de la transition écologique.

> Résultats attendus :

Construire les bases d’une mesure de la contribution d’un portefeuille d’actifs financiers au financement de la préservation de la biodiversité.

> Pour aller plus loin :

Entreprises et biodiversité

SONY DSCA l’image du secteur financier qui commence à mieux appréhender le caractère essentiel du capital naturel dans la pérennité de ses propres activités, les entreprises prennent peu à peu conscience que la préservation de la biodiversité est un facteur à intégrer au cœur même de leur stratégie et processus de production. L’intérêt d’une telle démarche du point de vue des entreprises réside dans les 3 mots clés suivants : innovation, résilience et compétitivité.

L’enjeu est bien de s’appuyer sur le rôle structurant des entreprises au sein de la société pour impulser une dynamique de changement vers la mise en œuvre de la transition écologique. Un certain nombre d’initiatives (TEEB for Business Coalition, Cambridge Programme Sustainability Leadership ou encore les travaux du WBCSD) ont permis une meilleure appropriation des enjeux écologiques et de leurs impacts en termes financiers et économiques sur le niveau de performance des entreprises. Ainsi, la matérialité des risques perçus par les entreprises en lien avec la biodiversité et les services écosystémiques paraît de plus en plus palpable : baisse de productivité, raréfaction et renchérissement des coûts des intrants (ressources naturelles…), risques de catastrophes naturelles, responsabilité juridique et durcissement de la réglementation en vigueur, évolution de la demande et des préférences des consommateurs, image et réputation…

Néanmoins, les niveaux d’engagement et de maturité par rapport au sujet sont particulièrement hétérogènes: en témoigne l’usage encore limité d’indicateurs sur la biodiversité dans les reporting extra-financiers. Ceci traduit la difficulté des acteurs à comprendre les interrelations de leurs activités avec les services écosystémiques et à en percevoir les implications en termes financier et extra-financier (hormis pour certains grands groupes qui commencent à se positionner sur ces questions). Mais cela illustre également la grande diversité des outils existants qui laisse souvent les entreprises perplexes quand au choix de la méthodologie la plus pertinente à mettre en œuvre, compte tenu du niveau de compréhension des enjeux et des besoins exprimés.

Les projets menés par la Mission Économie de la Biodiversité :

> Démarche et plus value :

En réponse à ces problématiques, la MEB travaille sur :

  • la mise en évidence des dépendances et impacts principaux des secteurs économiques vis-à-vis des services écosystémiques dans une optique d’intégration des enjeux liées à leur valorisation au cœur des processus décisionnels
  • un arbre décisionnel visant à l’identification et à l’analyse des principales méthodologies existantes pour la prise en compte de la biodiversité en fonction du niveau d’intervention voulu (stratégique, site, produit…). Accédez à l’application en ligne GoBIODIV+ pour identifier l’outil de prise en compte de la biodiversité adapté aux besoins et spécificités des entreprises.

En parallèle, la MEB participe aux différents groupes de travail de l’association Orée portant à la fois sur les aspects opérationnels de l’intégration de la biodiversité dans la stratégie d’entreprise ainsi que sur la construction d’une démarche de bilan biodiversité qui serait le pendant biodiversité du « Bilan Carbone ».

> Résultats attendus :
  • Identifier les secteurs économiques clés porteurs de la transition écologique ;
  • Enrichir la réflexion en matière d’analyse des outils d’aide à la décision des entreprises dans la mise en œuvre de stratégies et de processus de production intégrant les problématiques liées à la biodiversité.
  • Création d’une application en ligne pour identifier l’outil de prise en compte de la biodiversité adapté aux besoins et spécificités des entreprises pour accéder à l’application GoBIODIV+ :

 Actu gobiodiv

> Pour aller plus loin :