Interview de Nicolas Hulot pour le nouveau BIODIV’2050 « Biodiversité, climat et économie »

Ce nouveau numéro de BIODIV’2050 remet en perspective la place de la biodiversité dans le débat sur le changement climatique et son impact sur l’économie. Il montre l’intérêt technique et économique des solutions basées sur la nature pour prévenir les conséquences des changements observés et attendus. Pour cela Nicolas Hulot, interviewé dans la Tribune, introduit ce numéro, extrait :

« Quelle a été la place de la biodiversité dans les négociations internationales avant et pendant la COP21 et quels sont, selon vous, les grands enjeux de l’interrelation climat/biodiversité ?

La place de la biodiversité dans les négociations internationales sur le climat a été très largement insuffisante, tant au niveau de l’accord final que dans sa préparation. C’est d’ailleurs un préjudice inattendu du succès de la COP21 : la biodiversité a été reléguée au second plan.
C’est une double erreur. D’une part parce que la préservation de la biodiversité est tout aussi essentielle à l’avenir de notre humanité que le climat. Pas simplement pour des raisons éthiques, mais pour des raisons humaines. D’autre part, parce que la préservation et la réhabilitation de la biodiversité et des écosystèmes sont des conditions pour pouvoir lutter contre le changement climatique, tout aussi importantes que la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Nous n’avons aucune chance de gagner la bataille climatique si nous ne mettons pas la même énergie, la même attention et les mêmes moyens pour réhabiliter les écosystèmes. Nous ne pouvons donc choisir entre l’un ou l’autre, nous devons appréhender les deux.
La protection de la biodiversité correspond à la protection d’un patrimoine naturel que nous avons reçu en héritage et que nous devons transmettre aux générations futures, pour des raisons éthiques et scientifiques, car l’humain ne peut se passer de cette diversité. Il ne s’agit pas seulement de freiner la destruction des écosystèmes mais de la stopper et, au-delà, d’entrer dans une démarche de réparation. Il est impossible d’imaginer que nous allons réussir à réduire nos émissions de GES, comme les objectifs de l’Accord de Paris et les scientifiques nous y invitent, si nous nous accommodons de la destruction de millions d’hectares de forêt, de zones humides, de terres agricoles, de barrières de corail et autres écosystèmes. En effet, ces destructions ont pour conséquence de restituer brutalement à l’atmosphère des volumes de CO2 ou de méthane considérables. En termes de déforestation, les années 2012-2014 sont les pires que nous n’ayons jamais connus. L’Indonésie a vu un pan entier de ses forêts se consumer dans un incendie incontrôlable, ce qui est probablement l’une des plus grandes catastrophes écologiques de tous les temps, dont personne ne parle.
D’un côté nous essayons enfin de réduire nos émissions de GES, de l’autre nous baissons la garde et restons indifférents face à la restitution de grandes quantités de CO2 et de méthanes dans l’atmosphère qui étaient, depuis la nuit des temps, stockées gratuitement. Nous n’avons pas encore réalisé que, si nous nous accommodons de cette contradiction, les probabilités de rétablir les équilibres climatiques seront réduites à zéro.
Changement climatique et érosion de la biodiversité sont deux phénomènes intimement liés, qui se conditionnent l’un l’autre dans leur résolution comme dans leur aggravation. Les moyens à y consacrés doivent être les mêmes. La COP13 de la Convention sur la Diversité Biologique qui va se dérouler cette année sera justement une occasion de relier le climat aux problématiques de préservation de la biodiversité. Voyons-là un moyen supplémentaire de garantir le succès des objectifs de la COP21. (…) « 

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